Protection des mineurs : le Brésil inflige 25 millions d’euros d’amende à TikTok
· Par Brice Matter

L’autorité brésilienne de protection des données (ANPD) condamne ByteDance Brasil à 153,7 millions de reais d’amende (25,6 millions d’euros) pour avoir traité « sans base légale » les données d’enfants et d’adolescents. TikTok devra supprimer les données collectées irrégulièrement et durcir par défaut la protection des moins de 16 ans. La plateforme, qui situe les faits en 2021, envisage un recours.
L’autorité brésilienne de protection des données inflige 153,7 millions de reais d’amende (25,6 millions d’euros) à ByteDance Brasil pour avoir traité « sans base légale » les données d’enfants et d’adolescents. Au-delà de la sanction financière, TikTok devra supprimer les données collectées irrégulièrement et durcir par défaut la protection des moins de 16 ans.
Le Brésil serre la vis aux réseaux sociaux. Mardi 25 août, l’Autorité nationale de protection des données (ANPD) a condamné ByteDance Brasil, la filiale locale de la maison mère de TikTok, à une amende de 153,7 millions de reais, soit environ 25,6 millions d’euros, pour des irrégularités dans le traitement des données personnelles de mineurs. Une décision d’ampleur pour le gendarme brésilien des données, qui agit au titre de la LGPD, l’équivalent local du RGPD européen.
Des données de mineurs traitées « sans base légale »
Au terme de son enquête, l’ANPD a conclu que les mécanismes mis en place par TikTok « n’étaient pas suffisants pour empêcher, dès l’origine, le traitement indu des données personnelles d’enfants et d’adolescents ». Le régulateur pointe un traitement de données de mineurs dépourvu de base légale, en violation des règles renforcées que la LGPD prévoit pour ce public jugé « plus vulnérable ».
Fait notable, les manquements concernent deux portes d’entrée de l’application : les comptes classiques créés par les utilisateurs, mais aussi la version sans connexion de TikTok, accessible sans inscription — et donc sans le moindre contrôle d’âge.
Suppression des données et tour de vis sur les moins de 16 ans
La sanction ne se limite pas au chèque. L’ANPD ordonne à ByteDance Brasil de supprimer les données collectées irrégulièrement et d’appliquer un plan de conformité dédié à la protection des enfants et des adolescents. TikTok devra notamment :
- appliquer automatiquement des paramètres de confidentialité plus stricts aux comptes des moins de 16 ans,
- renforcer ses dispositifs de supervision parentale,
- déployer des filtres de contenus plus rigoureux.
La version sans connexion, elle, est mise au régime sec : suspension de la publicité sur tout le territoire brésilien, restriction aux contenus tous publics, temps d’écran plafonné à douze heures, et interdiction de publier ou de diffuser en direct.
Un « signal fort » envoyé aux plateformes
L’ANPD assume la portée dissuasive de sa décision : il s’agit d’envoyer un « signal fort » à l’ensemble des plateformes numériques opérant au Brésil. Le calendrier n’a rien d’anodin — le pays vient d’adopter une législation qui impose aux réseaux sociaux de rattacher les comptes des moins de 16 ans à un compte parental et de vérifier l’âge de leurs utilisateurs. La protection des mineurs en ligne s’installe comme une priorité politique à Brasília, au moment même où le sujet embrase aussi l’Europe.
De son côté, TikTok minimise : la plateforme assure que les faits reprochés remontent à 2021 et affirme avoir déjà fait évoluer ses pratiques depuis. ByteDance Brasil s’est engagée sur le plan de conformité exigé par le régulateur, tout en indiquant qu’elle envisage un recours contre la décision.
Après l’Europe, l’Amérique latine
Pour TikTok, la facture réglementaire mondiale continue de s’alourdir. En Europe, la plateforme a déjà écopé de 345 millions d’euros d’amende en 2023, infligés par le régulateur irlandais pour des défaillances dans les paramètres par défaut des comptes de mineurs, puis de 530 millions d’euros en 2025 pour des transferts illégaux de données vers la Chine. La décision brésilienne confirme que la protection des données des enfants est devenue le terrain d’affrontement privilégié entre les régulateurs et les grandes plateformes — et que ce mouvement est désormais mondial.
Reste la question habituelle : 25,6 millions d’euros, c’est une somme marquante pour un régulateur national, mais une goutte d’eau face aux revenus de ByteDance. La vraie sanction est peut-être ailleurs — dans les obligations structurelles imposées à l’application, qui devront s’appliquer compte par compte, réglage par réglage, sous l’œil du régulateur.
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